what a body you have, honey

by Eszter Salamon


p h o t o ° Katrin Schoof









S Y N O P S I S e n g l i s h



What a body you have, honey is made after a reflection on the representations of the female body. During the piece the performer’s body is almost all the time covered, or with the back to the public, and never looks at the audience. It is a long transition, which never produce or propose a fixed identity or image of the body. Some investigations of the body produce simulacra and fake images in order to challenge the perceptions of the dancing body and to question what’s there between the "really present" and the "really seen".

"(...) always late (...) the intermittence of her body (...) lives in the permanent
risk and the misfortune to mistake about
its belonging (...), maybe it's not hers, (...) and often (...) the one from
others (...). This risk is an hesitation without
end, and a repeated try to cut short to the hesitation, questions without
respite: where this body, where to put it ?
(...) A being beside oneself from time relation, leaving trails, traces and
symptoms, in the visible. (...) Something future
affecting the representation in which the subject (...) self determine its power
(...), an uncertain and changing course of events."
Georges Didi-Huberman









S Y N O P S I S f r a n ç a i s



What a body you have, honey est née d’une réflexion autour de la question de la représentation du corps féminin. Pendant la pièce la danseuse est toujours couverte, ou de dos au public, et ne regarde jamais les spectateurs. Le solo est une longue transitions, qui ne propose pas d’identité ou d’image fixe du coprs présent sur scène. Certains investigations du corps produisent du simulacre et des images fraudeuluses du corps afin de défier la perception du corps dansant et pour questionner ce qui est entre le « réellement présent » et le « réellement vu ».

(...) toujours en retard (...) l'intermittence de son corps, (...) vit dans le
risque et le malheur de se tromper
constamment sur son appartenance. (...) Il n'est peut être pas le sien, (...) et
souvent (...) corps d'autrui (...) ce risque
est une hésitation sans fin, et une tentative répétée de couper court á
l'hésitation, un questionnement sans relâche
(...): où se corps, où le mettre ? (...) un hors de soi du rapport au temps, ce
hors de soi laissant sillages, traces et
symptômes, dans le visible.
(...) Quelque chose du futur qui affecte la représentation et dans lequel le
sujet (...) autodétermine son pouvoir, (...)
un cours incertain et changeant des événements.
Georges Didi-Huberman









E X P O S E d e u t s c h



Das Solo What a body you have, honey beruht auf der Reflexion über die Repräsentationen des weiblichen Körpers. Der Körper der Performerin ist fast die ganze Zeit bedeckt oder agiert mit dem Rücken zum Publikum. Es ist ein langer Weg, der nie eine fixierte Identität oder ein Bild des Körpers produziert oder vorschlägt. Einige Körpererfindungen erzeugen Simulacren und Täuschungsbilder um die Wahrnehmung des tanzenden Körpers herauszufordern und zu fragen, was da ist zwischen dem real Anwesenden und dem real Gesehenen.
Georges Didi-Huberman







p h o t o ° Katrin Schoof










V I C E et V E R S A / f r a n ç a i s



Vice et versa sur fond blanc ou de l'esthétique du mollusque
" What a body you have, honey " d'Eszter Salamon



Le solo d'Eszter Salamon semble lui aussi au départ un avatar tardif du minimalisme et de la déconstruction. D'une couette blanche sur fond blanc (le reste du décor est vide), déjà là sur scène à l'entrée du public dans la salle, sort une espèce de bonhomme de neige molletonné, évidemment asexué mais qui plus est sans face ni pile, le personnage passant de l'un à l'autre en les utilisant - agilement - identiquement, les gestes des deux cotés du corps similaires, tout autre signe distinctif de l'envers et de l'endroit étant enfoui dans le molletonné entourant le corps de la danseuse.
Tout ceci - démontré très lentement sur fond d'absolu silence - serait un peu lassant, exemple de cette frustration conceptuelle que l'on connaît plutôt bien dans ses parages, si soudain il ne se passait quelque chose de plus, une nouvelle dimension. Le bonhomme retourne lentement dans la couverture, sous laquelle il se glisse (par quel coté - de face ou de dos - est peu clair et donc drôle) et à la suite de gestes bizarres et fort lents sous la couverture avec qui il se déplace sur le sol, il perd peu à peu des morceaux de sa carapace de bonhomme de neige, d'abord le haut, ensuite le bas. Et quelle subtile et hilarante idée pour continuer la déconstruction anthropocentrique et morphique qui a lieu dans la danse contemporaine que d'ainsi transformer le soliste en mollusque !

Le reste du spectacle est une variation de ce thème. Enfouie dans sa couverture, la danseuse esquissent des gestes de mollusque. Ramassant la couette autour d'elle on voit apparaître un cercle mou au milieu de l'informe et on imagine par exemple l'immense bouche d'une méduse. Nouvelle étape de la dénudation. Le corps de la danseuse s'extraie de sous la couverture. Apparaît le plus humain : une main, toute rose après toute cette blancheur ! Et l'épreuve de la confrontation avec l'anthropomorphisme du corps humain de la danseuse est remportée brillamment. Mains et pieds roses deviennent extrémités de la chose qui désormais se meut sur scène.
Le crâne et le visage (d'où ne dépasse plus alors que l'orifice de la bouche…), il est vrai recouverts en partie d'une perruque qui la " dénature " un peu, lui donne des airs de couteau de plage, poilus… Mais le mouvement de travers et la posture à l'envers (de dos) de la danseuse évoque comme une espèce de crabe désopilant, aux membres se mouvant aléatoirement au contact d'une mer invisible.

Dernière étape, la " chose " se déshabille complètement (ne reste que la perruque) et l'on se demande comment la danseuse va pouvoir s'échapper à cette détermination très forte de la nudité féminine. Et pourtant elle y parvient en cassant de nouveau le sens de l'envers et l'endroit en faisant sur l'envers de son corps des gestes et des poses de l'endroit (posture des bras et de la tête). Ce qui est plus proprement humain, mais si démonté ! - l'est-ce vraiment ? Dernière étape, la chose retourne sous sa protection, sa carapace de couverture sur laquelle elle a rassemblé toutes ses différentes peaux perdus lors de ses successives mues. Après quelques gestes, elle retourne la couverture de dessous laquelle elle se trouve et " avale " ainsi à l'intérieur de cette membrane les " peaux " qui se trouvaient à l'extérieur, dessus. Elle renverse le rapport envers/ endroit. Et lentement, encore très lentement, elle quitte ainsi en portant cette couverture pleine, la scène vide.

Chris Mag










p r o j e c t s
h o m e